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Soutenance de Thèse de Bastien MARCHAND

16 septembre @ 14h00 - 18h00

Au Crépuscule d’un mot d’ordre. Contribution à une théorie organisationnelle de la prise : le cas de l’attractivité territoriale

JURY :

Yoann BAZIN Rapporteur
Professeur Université Paris Nanterre
Fiona OTTAVIANI Rapporteure
Associate Professor Grenoble École de Management
Gabriel COLLETIS Examinateur
Professeur émérite Université Toulouse Capitole
Chantale MAILHOT Examinatrice
Professeure titulaire HEC Montréal
Éléonore MOUNOUD Présidente du jury
Professeure Centrale Supélec
Diego LANDIVAR Directeur de thèse 
Professeur Clermont School of Business
Claude PARAPONARIS Directeur de thèse
Professeur émérite Aix-Marseille Université
Aspasia NANAKI Membre invitée
Directrice Impact — Nantes – Saint-Nazaire Développement


Résumé

L’Anthropocène épuise les êtres et les choses. Les agencements écologiques disparaissent ; les infrastructures vacillent ; les processus de production et de consommation turbulent ; l’écart se creuse entre les techniques, les stratégies et les finalités organisationnelles et les phénomènes auxquels elles sont censées répondre. Ce formidable mouvement de zombification touche aussi les entités idéelles qui nous régissent et nous façonnent : nos idées, nos concepts, nos catégories épistémologiques, nos mythes, etc.

Il en va ainsi des mots d’ordre de l’action publique territoriale (développement, compétitivité, etc.), dont cette thèse étudie l’un des avatars, l’attractivité. Effectuée en contrat Cifre avec Auxilia Conseil, une association qui aide les organisations territoriales (collectivités, syndicats mixtes, agences, pôles, etc.) dans la fabrique de leurs politiques écologiques, économiques et sociales, elle nous a permis d’enquêter sur une variété de terrains et auprès d’une multitude de personnes, praticiennes ou observatrices, critiques ou favorables aux politiques attractives.
Cette thèse prend au sérieux l’obsolescence — bien sûr, contestée, soumise à discussion et en proie aux jeux de pouvoir — qui toucherait aujourd’hui l’attractivité territoriale. Elle permet de mieux cerner les enjeux relatifs à la question de recherche suivante : comment des organisations créées pour et régies par un mot d’ordre en cours d’épuisement tentent – elles de s’en défaire ?

Cette thèse discute des Critical Management􀒿 Studies (CMS) et contribue aux discussions ayant trait à leur crise — autrement dit, à la critique de la critique. Constatant le peu d’effets positifs et décisifs que la critique gestionnaire produit sur l’expérience des travailleurs et des travailleuses, certains travaux estiment que cette dernière, loin de s’en tenir à dévoiler les mécanismes qui entravent l’émancipation, doit contribuer à l’élaboration, à l’expérimentation et à la diffusion d’améliorations concrètes. Si elle souscrit à une telle additivité de la critique, cette thèse défend la perspective d’une critique soustractive. Elle n’examine pas l’enrôlement des organisations territoriales dans des mots d’ordre alternatifs (habitabilité, hospitalité, robustesse, etc.) —, mais se préoccupe de la manière dont les organisations cherchent à se soustraire du mot d’ordre attractif. Elle se revendique en cela de la récente écologie du démantèlement.

Dans cette optique, elle mobilise la théorie de la prise, issue de la sociologie pragmatiste et forgée pour l’étude d’objets au statut ontologique incertain. Celle-ci n’a, à notre connaissance, pas encore été importée dans le champ organisationnel, malgré son élaboration il y a plus de trente ans. L’opération soustractive étudiée y trouve une formulation intermédiaire. Que signifie prendre un mot d’ordre et comment s’y atteler au plan organisationnel ? Au-delà de son intérêt théorique, c’est la puissance évocatoire qui nous intéresse dans le terme de prise : de la Bastille, d’escalade, de judo, etc. Cette générosité sémiotique renvoie, en retour, aux possibilités stratégiques à la main des organisations. Nous montrons ainsi que, pour se défaire du mot d’ordre attractif, les organisations étudiées cherchent à la fois à avoir prise sur lui, à réduire ses prises et à donner prise à des mots d’ordre alternatifs.

Nous complétons la réciprocité préhensive identifiée dans la littérature — avoir prise sur, c’est toujours donner prise à — par une seconde : donner prise ici, c’est toujours laisser moins prise là.

Mots-clés : attractivité territoriale ; Anthropocène ; critique soustractive ; prise ; Cifre.

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