Représentant près de 15 milliards d’euros, la formation professionnelle continue (FPC) constitue un domaine d’analyse particulier qui s’est construit à l’intersection de l’économie, de l’éducation et de l’économie du travail. Ce champ de la FPC est à bien des égards protéiforme et multidimensionnel, dans la mesure où les acteurs qui opèrent au sein de ce champ sont soumis à des logiques plurielles et parfois contradictoires. Cela est renforcé par le nombre très important d’acteurs de type entrepreneur individuel qui interviennent dans le champ de la formation professionnelle puisque sur un ensemble de 55 300 organismes de formation, précise que 94 % des organismes de formation déclarent un chiffre d’affaires en 2010 inférieur à 750 000 € et 72 % déclarent un chiffre d’affaires inférieur à 75 000 €.
Ainsi, les entrepreneurs individuels de la FPC sont des acteurs incontournables dont la littérature ne semble pas suffisamment rendre compte. Or, comprendre le champ de la FPC nécessite aussi de comprendre comment opère une grande majorité des acteurs qui le compose, en premier lieu desquels, les entrepreneurs individuels. Le champ de la FPC s’est structuré au cours des dernières années autour de logiques de marché soumettant ces nombreux acteurs à des pressions concurrentielles importantes. Ainsi, ce champ est qualifié de marché depuis l’arrivée de lois qui ont libéralisées le secteur à partir des années 1960. Cette expression de « marché de la formation » renvoie de la même manière à la production par les organismes de formation de prestations intellectuelles, et non à la rencontre entre l’offre et la demande.
Afin de réguler ce secteur, les pouvoirs publics ont notamment soumis les acteurs de la FPC à des contraintes réglementaires de plus en plus complexes. Si les logiques de certification semblent nécessaires, notamment pour lutter contre les escroqueries (fausses formations, arnaques aux CPF, etc.), ces pressions réglementaires semblent fragiliser les entrepreneurs individuels de la FPC. Dès lors, afin de répondre aux évolutions du secteur, l’entrepreneur individuel de la FPC semble poussé vers des logiques de coopération avec ses pairs (la presse en donne de nombreux exemples sans pour autant qu’il soit pour l’heure possible d’appréhender le phénomène de façon intelligible). Ici, l’enjeu est de partager des ressources et de répondre collectivement aux nouvelles évolutions du secteur. Toutefois, cette coopération soumet l’entrepreneur individuel à des tensions nouvelles.
Entre maintien de ses libertés entrepreneuriales et nécessité d’apporter des réponses collectives, ces entrepreneurs individuels semblent opérer une hybridation en se dirigeant vers la constitution de collectifs susceptibles d’être capables d’agir collectivement au sein de structures coopératives. Pourquoi ces entrepreneurs se regroupent-ils au sein de coopératives ? Quelles formes prennent ses structures au cours du temps ? Et comment ses collectifs construisent-ils des ressources partagées et des réponses aux évolutions du secteur ? Le projet de thèse vise à rendre compte des logiques qui pèsent sur l’entrepreneur individuel de la FPC, avec d’une part cette volonté de préserver une liberté entrepreneuriale et d’autre part, cette nécessité d’agir collectivement pour répondre aux évolutions du secteur. Il s’agit également de comprendre pourquoi ces entrepreneurs individuels choisissent la coopérative comme réponse organisationnelle aux évolutions du secteur et comment dans ce cadre organisationnel se développe au cours du temps des capacités collectives.
MOTS CLÉS : Entrepreneurs ; Formation Professionnelle Continue ; Collectifs ; Coopérative ; Liberté ; Compétence collective.
