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CAASECOU

Coexister dans les Alpages : une Approche Sensible de l’Engagement Citoyen face au lOUp

2026 – 2029

Porteur du projet :

Mikaël Akimowicz

Coordination scientifique :

Mikaël Akimowicz

Équipe LEST impliquée :

Rôle du LEST dans le projet :

La mission de l’équipe LEST est à la fois de veiller à l’interdisciplinarité de la recherche et de proposer un éclairage économique sur les dispositifs de bénévolat citoyen dans l’accompagnement des bergers et des éleveurs face au retour du loup dans les Alpes.

Académiques :

  • Ugo Arbieu, Université Paris Saclay – ESE
  • Anne Loison, Université Grenoble Alpes – LECA
  • Sophie Thiron, Université Toulouse Jean Jaurès – UTOPI
  • Frédéric Nicolas, Université Paul Valéry Montpellier – ART-Dev

Académiques internationaux :

  • Vincent Vignon & Cédric Yhuel, FERUS
  • Jean-Christophe Poupet & M. Maël Guyon, WWF

Institutionnels :

  • Maxime Marois, Institut de l’Élevage
  • Nolwenn Drouet-Hoguet, OFB

Socio-économiques :

  • Lucie Modeste, Lycée agricole/CFFPA Carmejane
  • Jean-Christophe Poupet & M. Maël Guyon, WWF

Publication(s) liée(s) :

Résumé

Le retour du loup depuis 1992 dans les alpages a bouleversé les pratiques pastorales. La multifonctionnalité de ces territoires implique une forte proximité entre de nombreuses activités qui nécessitent des adaptations pour leur coexistence. Cette coexistence est notamment à l’origine de ressentis émotionnels interagissent avec les autres facteurs de prise de décision et influencent l’adoption des pratiques. Dans ce cadre, nous proposons d’évaluer les impacts des programmes de bénévolat pour la garde des troupeaux. L’approche interdisciplinaire centrée sur l’économie institutionnelle combine un outil de recueil des données co-construit avec des artistes, afin de capturer les émotions, et des données issues des recherches en écologie pour confronter le ressenti à des mesures objectivées. Le projet CAASECOU propose donc de dépasser les approches monétaires pour appréhender le travail des éleveurs/bergers dans toute sa complexité relationnelle.

Contexte et enjeux

Le retour du loup dans les alpages français, observé depuis 1992, a bouleversé les pratiques pastorales.  Leur adaptation à la présence de ce grand prédateur s’est traduite par l’adoption de mesures multi-niveaux. Les éleveurs/bergers ont recours aux chiens de protection, installent des clôtures, et parquent les bêtes à proximité des cabanes des bergers. En complément, les politiques publiques ont évolué pour les accompagner avec la mise en place d’aides au gardiennage, l’organisation de prélèvements, et des indemnisations en cas d’attaque des troupeaux.

Les adaptations aussi bien des éleveurs/bergers que des loups ont toutefois entraîné des modifications de comportement qui impliquent une révision permanente des stratégies adoptées.  Pour les éleveurs/bergers, cette situation, qui remet en cause des pratiques ancestrales dont les bénéfices pour les socio-écosystèmes de montagne sont depuis longtemps identifiés, est source d’inquiétudes d’ordre économiques, sociales, voire culturelles.  Elle soulève en particulier de nombreuses réactions d’ordre émotionnel liées à la coexistence des activités dans ces territoires de montagne hautement multifonctionnels : maintien de l’élevage dans des territoires occupés par des grands prédateurs, recours aux chiens de garde dans des territoires souvent touristiques, remise en cause d’une identité professionnelle par des injonctions sociétales multiples et parfois contradictoires.

Dans cet environnement en évolution permanente, des projets de mobilisation citoyenne ont été mis en place pour apporter un soutien aux éleveurs/bergers (Programme Pastoraloup de FERUS, Programme Entre chien et loup du WWF). Dans les Alpes du Sud, l’expérience acquise a notamment mis en évidence des bénéfices liés au renforcement du lien ainsi recréé entre les éleveurs/bergers et le reste de la société qui apparaît comme un élément clé pour le maintien durable des activités pastorales dans les territoires. Dans un contexte de prédation qui engendre une mutation profonde du métier, augmentant la charge de travail et la vulnérabilité psychique des acteurs de terrain, le projet CAASECOU explore le bénévolat d’appui comme une nouvelle forme de solidarité territoriale complémentaire au plan loup, capable de soutenir la santé des éleveurs et la pérennité des systèmes alimentaires locaux.

Objectifs

Les résultats du projet CAASECOU vont porter à la fois sur les dimensions appliquée, méthodologique et théorique de la recherche.

Dimension appliquée :

Les résultats du projet CAASECOU qui explore les pratiques de garde des éleveurs/bergers vont permettre de prendre du recul sur le rôle et l’impact des bénévoles en tant que facteur de réduction de la vulnérabilité des troupeaux aux attaques de prédateurs. La collaboration avec le lycée agricole et le CFPPA de Carmejane, spécialisé dans l’élevage ovin en montagne et porteur d’une formation « Berger vacher transhumant », seront un atout pour à la fois impliquer les apprenants dans des activités de recueil des données, mettre en place des ateliers de réflexion sur les pratiques et partager les résultats de la recherche avec de futurs éleveurs/bergers. Nous développerons des activités pédagogiques pour tenir compte de la dimension émotionnelle induite par la présence du loup dans les alpages. En complément, l’analyse des pratiques de gardiennage par l’intermédiaire de bénévoles favorisera une discussion du rôle pertinent des bénévoles et permettra éventuellement de reconfigurer les dispositifs d’aide pour répondre davantage aux besoins et attentes des éleveurs/bergers. Elle permettra notamment de discuter les faiblesses du dédommagement strictement financier des éleveurs/bergers en cas d’attaques et les opportunités de renforcement des liens entre les éleveurs/bergers et le reste de la société.

Résultats d’ordre méthodologique :

D’un point de vue méthodologique, le projet CAASECOU reposera sur une méthode originale, inspirée des visual studies, permettant de recueillir des données difficilement accessibles liées aux ressentis des émotions.

Résultats d’ordre théorique :

Sur le plan théorique, le projet CAASECOU propose une approche ambitieuse intégrant des courants théoriques compatibles avec l’interdisciplinarité mais encore trop peu associés. Dans cette perspective, la mobilisation de l’économie institutionnaliste offre un cadre suffisamment flexible pour intégrer de manière critique les différentes approches détaillées dans la section Exposé scientifique du projet à savoir la sociologie du travail et de la santé, l’anthropologie du vivant et la sociologie des relations humains/non-humains, l’éthique du Care et sociologie de la médiation citoyenne,  des approches qui posent la question de l’évolution des systèmes de valeurs éthiques et des croyances qui structurent la prise de décision des individus.

Méthodologie

L’ambiguïté des réactions et des comportements adoptés dans ce contexte de retour du loup ouvre la porte à une prise en compte des émotions dans l’analyse des solutions mises en place en réponse au retour du loup. Malgré le tournant émotionnel du début des années 2000, les sciences économiques ne se sont guère emparées de la dimension émotionnelle lors de la prise de décision.