Rechercher

CJPART – Mixité sociale et conseils de jeunes

Les effets des modalités d’organisation sur la participation des jeunes

2022-2024

Coordination scientifique :

Ingrid Tucci

Équipe LEST impliquée :

En cherchant à identifier ce qui peut freiner la participation de jeunes issus des milieux populaires à un conseil de jeunes à partir d’une approche organisationnelle, ce rapport contribue à éloigner les thèses individualisantes renvoyant aux seuls individus la responsabilité de leur sous-représentation dans les dispositifs institutionnalisés de la démocratie participative. Les facteurs de la moindre participation des jeunes issu·es des quartiers ou des classes populaires ne sont pas tant à éclairer du côté des jeunes et de leurs caractéristiques individuelles (certain·es s’engageraient moins que d’autres pour des raisons socioéconomiques notamment) que du côté du fonctionnement des conseils des jeunes et de leur mode d’organisation à chaque étape de leur mise en place ou de leur fonctionnement. Notre rapport indique que le sentiment d’être illégitime et incompétent pour candidater peut être un frein non négligeable. Cette légitimité et cette compétence semblent être davantage accordées à celles et ceux qui ont déjà une expérience de la représentation. L’incorporation par les acteur·rices du caractère formel et institutionnalisé du conseil de jeunes et les représentations qu’ils et elles ont de ce dernier et de la fonction d’élu·e sont des obstacles difficiles à surmonter pour les jeunes des milieux populaires ou issu·es des quartiers défavorisés qui ne seraient pas accompagné·es et/ou soutenu·es par les professionnel·les en charge des conseils de jeunes.

Les résultats sont publiés ici dans un rapport pour l’INJEP.

Publication(s) liée(s) :

Résumé

Selon le dernier baromètre de la jeunesse (INJEP, 2022), en 2021, près d’un jeune sur deux (48 %) donne bénévolement de son temps au sein d’une association ou d’une autre organisation (parti politique, syndicat, etc.). La crise sanitaire a contribué à une hausse sensible de l’engagement. L’engagement dans un conseil de jeunes est une forme d’engagement parmi beaucoup d’autres.Le projet CJPART s’inscrit dans la continuité des premières enquêtes que nous avons menées sur les conseils de jeunes et vise à approfondir la question des conditions d’engagement de jeunes que nous appellerons « atypiques », au sens de la norme observée dans les conseils municipaux de jeunes (jeunes issus de familles à fort capital culturel et plus souvent passés par des filières générales du secondaire ou en cours d’études universitaires). L’appartenance à un milieu social favorisé ne suffit pas à saisir complètement les conditions actuelles de l’engagement des jeunes et les jeunes aux profils « atypiques » pour les conseils de jeunes peuvent se révéler dans des formes d’engagement pour lesquelles ils auront un sentiment de légitimité plus important. Le sentiment d’illégitimité de certains au sein de la cité et dans les instances qu’elle met en place pourrait expliquer un engagement dans d’autres structures, associatives par exemple, travaillant sur des domaines davantage en lien avec leurs propres centres d’intérêt ou leurs propres « combats » en tant que citoyens. La mission, mais aussi la taille et la manière dont les structures destinées à la participation des jeunes sont organisées influent sur la façon dont les jeunes s’engagent. Finalement, la distance aux institutions qui caractérise une partie de la jeunesse peut expliquer qu’ils ignorent ou se mettent à distance de ce type d’instance participative que sont les conseils de jeunes. Les jeunes dont la politisation ou leur intérêt pour la « chose politique » peut découler, par exemple, de leur condition sociale, de leurs expériences de celles de membres de leurs familles (Lagier 2009) seront probablement plus attirés par un engagement dans une structure leur permettant une expression politique non bridée. La question de la place de l’individu dans un dispositif structuré comme l’est le conseil de jeunes est en lien avec les possibilités offertes pour l’expression et l’action sur des sujets qui touchent les jeunes personnellement au regard de leurs histoires et conditions sociales particulières (difficulté d’insertion, racisme et discrimination, manque de structures mobilisatrices pour les jeunes dans les territoires ruraux). Ce projet de recherche s’intéresse à des jeunes aux caractéristiques sociales particulières et qui peuvent être ou avoir été dans des conseils de jeunes, être engagés par ailleurs ou ne pas avoir d’engagement particulier mais qui résident tous dans une commune dans lequel un conseil de jeunes est en train de se mettre en place ou qui connaît déjà un certain succès. Ce ciblage permet de comprendre comment ils perçoivent le dispositif. Le terrain pour cette enquête qualitative, principalement par entretiens, se déroulera en Région Sud.

Mots clés : Jeunesse, citoyenneté, façonnage organisationnel, conseils de jeunes, mixité.