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Une thèse remarquée sur l’attractivité territoriale

Le 16 septembre 2026, Bastien Marchand a soutenu avec succès sa thèse consacrée au devenir de l’attractivité territoriale à l’époque de l’Anthropocène, sous la direction de Diego Landivar (ESC Clermont) et Claude Paraponaris (AMU, LEST CNRS). Réalisé en convention CIFRE au sein du cabinet AUXILIA, ce travail propose une contribution originale à la théorie organisationnelle de la prise.

Une réflexion sur l’obsolescence de l’attractivité territoriale

Bastien Marchand analyse la possibilité d’une obsolescence de la notion d’attractivité territoriale. Il montre l’émergence de ce mot d’ordre ainsi que les démarches et stratégies mises en place par certaines organisations territoriales pour s’y soustraire — s’en dé-prendre.

L’Anthropocène épuise les êtres et les choses. Les agencements écologiques disparaissent ; les infrastructures vacillent ; les processus de production et de consommation turbulent ; l’écart se creuse entre les techniques, les stratégies et les finalités organisationnelles et les phénomènes auxquels elles sont censées répondre.

Ce formidable mouvement de zombification touche aussi les entités idéelles qui nous régissent et nous façonnent : nos idées, nos concepts, nos catégories épistémologiques, nos mythes, etc.

Il en va ainsi des mots d’ordre de l’action publique territoriale — développement, compétitivité, etc. — dont cette thèse étudie l’un des avatars : l’attractivité.

La thèse prend au sérieux l’obsolescence — bien sûr contestée, soumise à discussion et en proie aux jeux de pouvoir — qui toucherait aujourd’hui l’attractivité territoriale. Elle permet de mieux cerner les enjeux relatifs à la question de recherche suivante : comment des organisations créées pour et régies par un mot d’ordre en cours d’épuisement tentent-elles de s’en défaire ?

Une « critique soustractive »

Cette thèse discute des Critical Management Studies (CMS) et contribue aux discussions ayant trait à leur crise — autrement dit, à la critique de la critique.

Constatant le peu d’effets positifs et décisifs que la critique gestionnaire produit sur l’expérience des travailleurs et des travailleuses, certains travaux estiment que cette dernière doit contribuer à l’élaboration, à l’expérimentation et à la diffusion d’améliorations concrètes.

Si elle souscrit à une telle additivité de la critique, cette thèse défend la perspective d’une critique soustractive. Elle n’examine pas l’enrôlement des organisations territoriales dans des mots d’ordre alternatifs — habitabilité, hospitalité, robustesse, etc. —, mais se préoccupe de la manière dont les organisations cherchent à se soustraire du mot d’ordre attractif. Elle se revendique en cela de la récente écologie du démantèlement.

La théorie organisationnelle de la prise

Dans cette optique, la thèse mobilise la théorie de la prise, issue de la sociologie pragmatiste et forgée pour l’étude d’objets au statut ontologique incertain. Celle-ci n’a pas encore été importée dans le champ organisationnel, malgré son élaboration il y a plus de trente ans.

L’opération soustractive étudiée y trouve une formulation intermédiaire. Que signifie prendre un mot d’ordre et comment s’y atteler au plan organisationnel ?

Au-delà de son intérêt théorique, c’est la puissance évocatoire qui intéresse l’auteur dans le terme de prise : de la Bastille, d’escalade, de judo, etc. Cette générosité sémiotique renvoie, en retour, aux possibilités stratégiques à la main des organisations.

La thèse montre ainsi que, pour se défaire du mot d’ordre attractif, les organisations étudiées cherchent à la fois à avoir prise sur lui, à réduire ses prises et à donner prise à des mots d’ordre alternatifs.

Une contribution originale aux sciences de gestion

Le travail doctoral a été salué par l’ensemble des membres du jury pour sa qualité académique et pour la force de sa proposition théorique : l’attractivité territoriale étant une idée zombie « anthropocénique », les organisations constituées sur l’agentivité de son mot d’ordre doivent s’en déprendre et l’abandonner.

Le jury a souligné une contribution substantielle et originale aux sciences de gestion, proposant une théorisation organisationnelle de la notion de prise. La richesse du matériau collecté, la rigueur de la démarche méthodologique, la densité de l’ancrage théorique et la solidité de l’écriture témoignent d’une véritable maturité intellectuelle et académique.

Le jury a également félicité Bastien Marchand pour sa proposition d’« approche soustractive », centrée sur les manières de démanteler des entités « idéelles », particulièrement bienvenue pour penser et outiller la décroissance territoriale.

Ainsi, cette thèse apporte une contribution originale au champ organisationnel. Elle impressionne par une ambition intellectuelle à laquelle répondent l’ampleur de l’enquête, la richesse du matériau constitué et la profondeur des analyses proposées.

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Composition du jury

Yoann Bazin, rapporteur
Professeur, Université Paris Nanterre

Fiona Ottaviani, rapporteure
Associate Professor, Grenoble École de Management

Gabriel Colletis, examinateur
Professeur émérite, Université Toulouse Capitole

Chantale Mailhot, examinatrice
Professeure titulaire, HEC Montréal

Éléonore Mounoud, présidente du jury
Professeure, CentraleSupélec

Diego Landivar, directeur de thèse
Professeur, Clermont School of Business

Claude Paraponaris, directeur de thèse
Professeur émérite, Aix-Marseille Université

Aspasia Nanaki, membre invitée
Directrice Impact, Nantes – Saint-Nazaire Développement

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