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Une thèse remarquée sur les transformations du travail dans l’économie de la nuit tunisienne

Le 22 juin, Thomas Langlois a soutenu avec succès sa thèse « Manufacturing the Night. Le travail dans des bars et des clubs de Tunis ». Cette recherche met en lumière le rôle croissant des plateformes numériques dans la recomposition des rapports de travail au sein des établissements de divertissement nocturne. Le jury a souligné l’ampleur du travail accompli, la solidité de l’enquête et le fort potentiel de valorisation de ses résultats.

Manufacturing the Night. Le travail dans des bars et des clubs de Tunis.

Cette thèse étudie les établissements de divertissement nocturne en Tunisie à l’heure du capitalisme de plateforme. Ces bars, restaurants et clubs de nuit sont souvent pensés comme des lieux de loisir, de sociabilité ou de transgression. Mais ils sont aussi des lieux de travail. Comment celui-ci est-il mobilisé pour faire fonctionner ces établissements marchands ? La littérature a décrit la restauration comme ménageant une forte autonomie pour le personnel de première ligne, compensée par la charge de la relation de service : la clientèle structure les rythmes de l’activité, la reconnaissance et la rétribution du travail, notamment à travers le dispositif du pourboire. Comment dès lors comprendre la volonté de contrôle portée par des sociétés de management, émergeant en Tunisie depuis la révolution de 2011 ? La révolution managériale annoncée par ces entreprises est-elle un effet d’annonce voué à entériner l’existant dans une nouvelle langue marketing ? Est-ce là un moyen de transformer l’image de ces emplois, dans un contexte d’insatisfaction des jeunes vis-à-vis du travail, également marquée par un sentiment de déclassement et d’enfermement, tandis que les contraintes pesant sur les entreprises les empêchent souvent de garantir un emploi stable ?

En renouant avec les approches de la théorie du processus de travail et en discutant les travaux récents sur les mondes du travail en Tunisie, la thèse montre que le développement de plateformes numériques privées transforme les équilibres du marché de la nuit, qui permettaient à ces établissements de s’en tenir au simple débit de boisson et de réduire le travail à des frais de distribution. Le travail est désormais reconnu comme pouvant démarquer les établissements dans un climat concurrentiel, en termes de « service » et d’« ambiance » (jaw). Dans le même temps, les plateformes rendent pensable une restructuration du contrôle, longtemps jugée vaine ou non rentable dans ce secteur — passant notamment par l’intermédiation des relations entre serveur·euses et servi·es, l’élargissement numérique du vivier de recrutement, la planification de la captation des subjectivités au travail, la formalisation des relations d’emploi et la tolérance réfléchie des défoulements. Cette restructuration productive consacre l’introduction des plateformes comme un nouvel acteur des rapports de production dans l’économie de la nuit. Reposant sur une enquête au long cours, la thèse mobilise un matériau ethnographique composé de récits d’observations, d’entretiens, d’une revue du droit encadrant ces établissements ainsi que de l’analyse de leurs publications numériques.

Un jury unanimement convaincu

Pendant plus de quatre heures, devant un public nombreux et attentif, un travail considérable a été déployé avec rigueur et conviction. Le jury, unanimement impressionné, a salué la manière dont le travail empirique et théorique a été conduit de front et mené jusqu’à son terme, une exigence rare qui témoigne d’un véritable engagement scientifique. Il faut également souligner la présidence du jury, tout à fait exceptionnelle, qui a su insuffler un rythme et une dynamique remarquables aux échanges, tenant le public en éveil malgré la chaleur pesante de cette journée du 22 juin. Un art de conduire les débats qui a largement contribué à faire de cette soutenance un moment d’exception.

Le jury a par ailleurs évoqué à plusieurs reprises le potentiel que recèle ce travail, en appelant de ses vœux la publication d’un ouvrage ainsi que d’un article consacré au pourboire, sujet décidément fécond, qui mérite d’être porté à la connaissance d’un public plus large.

Composition du jury
  • M. Amin ALLAL, Chargé de recherche, CERAPS, Université de Lille — Examinateur
  • M. José CALDERON GIL, Professeur des universités, CLERSE, Université de Lille — Examinateur
  • Mme Myriam CATUSSE, Directrice de recherche, Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain (IRMC) – AMU — Co-directrice de thèse
  • M. Imed MELLITI, Professeur des universités, Institut Supérieur des Sciences Humaines et Sociales, Université de Tunis El Manar — Examinateur
  • Mme Delphine MERCIER, Directrice de recherche, LEST AMU-CNRS — Directrice de thèse
  • Mme Maud SIMONET, Directrice de recherche, IDHE.S, Université de Paris-Nanterre — Rapporteure
  • M. Guillaume TIFFON, Professeur des universités, Université d’Évry-Val-d’Essonne — Rapporteur

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